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Environnement : à Davos, il ne suffit pas de prendre le train

Tout oppose Davos, et ses dirigeants, et l’Ouganda avec ses militants contre les projets d’extraction d’énergies fossiles. Tout, sauf la mondialisation, et cette même planète reçue en partage…

La Croix, Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef, le 27/05/2022

Côté pile, Davos, en Suisse, où se sont retrouvés cette semaine l’ensemble des dirigeants économiques et financiers de la planète. Côté face, une petite délégation de trois étrangers à Paris : Baraka Lenga, un jeune anglican de Tanzanie, Edwin Mumbere, un jeune catholique ougandais et le révérend Nathan Kyamanywa, évêque anglican du même pays (1). Trois chrétiens, trois Africains qui, forts de la seule force de leur parole, sont venus alerter sur les projets de TotalEnergies d’extraction pétrolière Tilenga en Ouganda et d’oléoduc géant Eacopqui va jusqu’à la côte tanzanienne.
Deux côtés d’une même mondialisation. En Suisse, les puissants de ce monde ont manifesté leurs inquiétudes devant les conséquences de la guerre en Ukraine sur les prix des matières premières, du repli de la Chine et, un peu, du réchauffement climatique. Pas de quoi, cependant, remettre en cause le credo fondamental de ce rendez-vous : la croissance est une bonne chose, et c’est par la multiplication des échanges de marchandises et de capitaux que l’on pourra augmenter le bonheur humain. À Paris, les activistes africains expliquent au contraire que, loin de leur apporter prospérité et développement, le projet d’oléoduc détruit des territoires et des zones naturelles, a des conséquences désastreuses pour des milliers de personnes des communautés locales, expropriées et durablement désorganisées. La frontière n’est pas seulement géographique Tout oppose ces deux mondes. Tout, sauf la planète, la même qu’ils ont reçue en partage. À Davos, les entreprises promettent de taxer – un peu – les émissions carbone, de multiplier les emplois verts et les investissements dans les énergies nouvelles. Et pour couronner le tout, les organisateurs vous disent, tout fiers, qu’ils ont décidé cette année de ne rembourser que le train pour les participants, afin sans doute de faire de Davos un « sommet vert ». Les patrons vont donc prendre le train… Le témoignage des trois Africains montre combien derrière ces discours rassurants – et quelque peu lénifiants – la réalité est tout autre, à partir de leur seul exemple : les méga-investissements dans des énergies fossiles qui se poursuivent provoquent, pour les populations locales, l’accélération de la désertification, la fin de la biodiversité, avec ses conséquences en termes d’épidémies, la pauvreté d’une économie totalement désorganisée, les migrations forcées d’une partie des habitants, la corruption due à un apport massif et incontrôlé de devises par des multinationales… Entre Davos et l’Ouganda, la frontière n’est pas seulement géographique. Elle passe à l’intérieur de nous-mêmes. Il serait plus confortable de se contenter de réaménagements à la marge. De trier les déchets, d’économiser l’énergie, de faire du compost, d’améliorer les performances thermiques de l’habitat. Mais six ans après la publication de l’encyclique Laudato si’ du pape François, ces trois Africains, comme trois prophètes, viennent nous bousculer et nous inviter à la lucidité : c’est bien à un changement radical de nos systèmes économiques et politiques, des relations internationales, de notre conception de la croissance et de la prospérité, que nous sommes appelés. Une conversion. La politique des petits pas n’est pas à la hauteur de la gravité d’une situation qui menace désormais directement la survie d’une partie des habitants de la planète. Il ne suffit pas de prendre le train… Il faut changer de direction !
(1) Délégation de l’association de défense de l’environnement GreenFaith
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    2 décembre 2022 -- 20 h 30 min - 22 h 30 min
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9 décembre 2022
  • La lucarne, Rue de l'Île Boedic, 56610 Arradon, France
    Conférence : "La Fraternité, une utopie"
    9 décembre 2022 -- 18 h 30 min - 20 h 00 min
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