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« Notre alimentation n’a pas de prix »

NOTRE ALIMENTATION N’A PAS DE PRIX. PAR FRANÇOISE VERNET PRÉSIDENTE DE TERRE & HUMANISME
L’Humanité, Mardi 25 août 2020

L’Humanité, avec sa plate-forme numérique l’Humanite.fr, prend l’initiative d’ouvrir ses colonnes pour repenser le monde, avec l’ambition d’être utile à chacune et chacun d’entre nous. Cette initiative aura des prolongements avec l’organisation de grands débats publics permettant de prolonger ces écrits. Aujourd’hui, « Notre alimentation n’a pas de prix » par Françoise Vernet Présidente de Terre & Humanisme

La période que nous traversons nous amène toutes et tous à nous poser des questions essentielles qui ont trait à notre vie et même à notre survie. L’une des premières concerne notre alimentation, et donc en amont, notre agriculture.

Des concepts tels qu’autonomie alimentaire, agroécologie, agriculture de conservation, agriculture durable, circuits courts, permaculture ou résilience, sont jetés en pâture au public, notamment par les politiques, mais au fond de quoi parle-t-on ? 

Nourrir 7 milliards d’habitants sur notre belle planète ne relève pas de l’utopie. C’est possible à condition de bien vouloir changer de modèle. Le gaspillage alimentaire, la mondialisation agricole qui dérègle les marchés notamment ceux des pays les plus vulnérables, l’industrie agroalimentaire dont objectif est de faire du profit au détriment des revenus des agriculteurs et de la qualité des produits, sont incompatibles avec le changement de cap dont nous avons besoin urgemment.

Un enfant de moins de 10 ans meurt de faim toutes les 5 secondes (Programme Alimentaire Mondial), plus de 800 millions de personnes souffrent de sous-alimentation chronique dans le monde (Oxfam) et les pays les plus riches continuent à s’alimenter de steaks issus de bétail nourri aux tourteaux de soja provenant d’Amérique du Sud, en Amazonie brésilienne, la déforestation est alarmante…, et la liste est encore longue.

Les défis à relever sont à la hauteur des dégâts occasionnés. Ils nécessitent de faire des choix agricoles et alimentaires forts, en conscience, en ayant à l’esprit leurs impacts sur le vivant, sous toutes ses formes. Il va nous falloir faire preuve d’agilité, d’audace, de courage ; changer certaines habitudes, en prendre d’autres, moins se nourrir aussi sans doute. Il va également nous falloir penser autrement le changement, non pas en termes de perte, mais au contraire en termes d’apports positifs pour l’environnement, pour les paysans, pour les citoyens, pour la société.

Le premier enjeu concerne le milieu agricole et le maintien en activité des paysans du monde ayant fait le choix d’une agriculture propre et sobre, qui respecte à la fois la nature – fondement même de leurs pratiques – et la santé – la leur comme la nôtre. Qu’on les nomme agroécologie ou permaculture, agriculture bio ou écoculture, agriculture de conservation, agriculture vivrière ou de subsistance, toutes ces pratiques ont pour dénominateur commun de prendre soin des sols et de notre lien au vivant, d’être le creuset de savoir-faire à transmettre, d’œuvrer à une polyculture-élevage diversifiée, de rechercher une certaine forme d’autonomie, de favoriser les semences paysannes et la biodiversité cultivée et sauvage, de rendre à l’arbre son plein rôle. En deux mots : faire preuve de bon sens.

Bien entendu, ces modes d’agriculture doivent aussi permettre aux paysans de vivre décemment, avec une rémunération juste, à la hauteur de leur contribution à la préservation de nos écosystèmes naturels et sociaux. Leur travail de la terre est précieux à la fois pour la nature dont nous dépendons tous et pour l’équilibre et l’harmonie de nos sociétés. En prenant soin du vivant, les paysans prennent soin des humains. Ce faisant, ils permettent de réduire fortement les coûts dépensés pour la santé, le traitement des eaux et des pollutions, etc.

En France, le chantier de la paysannerie est urgent et ambitieux : les estimations prévoient que 40% des agriculteurs partiront à la retraite d’ici 2030, et 230 000 fermes disparaîtront possiblement s’il n’y a pas de repreneurs. 2030, c’est demain ! Si nous n’avons plus de paysans pour produire notre alimentation, façonner nos paysages, faire vivre nos campagnes, créer du lien, qu’allons-nous devenir ? Nous devons accompagner les jeunes vers un retour à la terre, revaloriser les emplois agricoles et changer notre regard pour (re)trouver le goût de la paysannerie car c’est un métier noble dont chaque paysan peut être fier.

Le deuxième enjeu est que nous tous, citoyens, achetions localement, en circuits courts (marchés, boutiques à la ferme, AMAP, épiceries participatives ou solidaires, etc.). Au lieu d’être transportées entre plusieurs intermédiaires, les denrées de saison sont commercialisées directement du producteur au consommateur. C’est la garantie d’un revenu plus élevé pour le producteur. C’est aussi la possibilité pour le citoyen d’avoir accès à des produits frais, de qualité et bien souvent plus sains. C’est également un moyen de favoriser une économie territoriale dynamique avec la création de nombreux emplois… Enfin, c’est bien sûr un facteur de réduction de l’empreinte écologique. 

Pendant le confinement, les ventes directes ont explosé : les paysans ont su répondre aux demandes des consommateurs. Nombreux sont ceux qui ont pris conscience de l’importance de l’autonomie alimentaire, et du lien avec le monde agricole. En raison de la crise actuelle, et de la précarité supplémentaire qu’elle va inévitablement engendrer, les consommateurs vont naturellement s’orienter vers des produits moins chers. Plutôt que de laisser les géants de l’agroalimentaire reprendre les pleins pouvoirs sur notre agriculture et notre alimentation, nous tenons là l’opportunité d’une vraie mutation vers une alimentation de proximité, fondée sur le principe des circuits courts et de l’agriculture écologique, accessible à tous.

Pas de commentaire possible.

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