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Nous avons recréé des camps de concentration

C’est ce que s’exclame Jean Ziegler, ancien rapporteur spécial auprès de l’ONU sur la question du droit à l’alimentation dans le monde et qui est vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’Homme des Nations-Unies depuis 2009.( copie d’un article sur le blog de Paul Quilès)

 

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Dans le cadre d’une mission pour l’ONU, il s’est rendu au camp de réfugiés de Moria. Il décrit* la situation dramatique d’un camp dans un état sanitaire effroyable. Ce camp est divisé en deux parties : d’un côté, le camp « officiel » au sein duquel plusieurs familles partagent les mêmes containers pour s’abriter. De l’autre, un « hot spot », véritable bidonville où se côtoient réfugiés, serpents et rats au milieu d’abris insalubres et fragiles, construits sur des amas d’immondices. Ziegler insiste sur la situation mentale alarmante des enfants du camp. En effet, les mineurs font l’objet d’un suivi particulier de la part de MSF qui a mis en place une cellule de pédopsychiatrie pour tenter de « détourner la volonté de suicide des enfants et adolescents ». A ce jour, c’est l’unique disposition de ce type mise en œuvre par MSF dans le monde.

 

L’« hypocrisie » des Etats européens face à la réalité

 

Selon Ziegler, faire stagner cette crise humanitaire permettrait in fine à l’Europe de décourager toute traversée de migrants en direction de l’île de Lesbos. Créer une situation de précarité totale servirait alors de « repoussoir ». Cette stratégie s’avèrerait néanmoins inefficace car, quelles que soient les informations transmises sur la situation du camp, l’île apparaitrait toujours comme une meilleure alternative à la vie sous les bombes ou la menace d’attentats quotidiens.

Par ces pratiques, l’Europe violerait quotidiennement le Droit. Le droit à l’alimentation d’abord, avec la distribution de nourriture peu nutritive et souvent avariée qui reste trop restreinte face aux besoins, engendrant alors des violences. Ensuite, la Convention des droits de l’enfant en s’abstenant de prendre en charge la scolarité des enfants malgré la présence de 35 % de femmes et d’enfants de moins de 10 ans parmi les 18 000 occupants du camp. Enfin, c’est le droit d’asile qui est mis à mal avec les interventions maritimes de FRONTEX, de l’OTAN et des garde-côtes (grecques et turques) visant à empêcher les embarcations de migrants d’atteindre les rives européennes. Ainsi est également bafouée la Convention relative au statut des réfugiés et, selon Ziegler, les « valeurs sur lesquelles l’Europe est fondée ».

 

Préconisations pour répondre à la crise : une prise de conscience à plusieurs niveaux

 

Niveau national grec : 

– afin d’éviter tout détournement et tout risque de corruption il propose un contrôle sur l’utilisation des fonds européens dédiés à l’aide alimentaire du camp jusqu’alors administré par l’armée grecque ; – une volonté politique réelle pour faire parvenir l’aide nécessaire à l’île de Lesbos, ce qui est logistiquement réalisable en comparaison aux efforts mis en place pour satisfaire l’afflux touristique sur les autres îles grecques.

 

Niveau européen :

– fermer les « hot spots » et créer des conditions d’accueils adéquates pour permettre une répartition efficace des réfugiés au niveau européen selon le PIB de chaque pays et ainsi, une prise en charge commune ; 

– pousser les pays réfractaires à l’accueil de réfugiés (notamment la Hongrie et la Pologne) en suspendant les aides européennes qui leur sont destinées (63 milliards €/an) ; 

– faire évoluer l’analyse administrative de la demande d’asile : l’octroi du droit à l’asile devrait s’effectuer sur la base unique de la provenance géographique des demandeurs. Il est en effet plus facile de prouver que l’on fuit une zone de danger permanent plutôt que de faire la preuve des violences ou/et persécutions subies.

 

Niveau individuel : le besoin d’un réveil des consciences est nécessaire pour que les citoyens européens puissent s’emparer de cette crise qui devrait encore s’aggraver. Il souligne également l’importance de dépasser le « silence glacé des médias ». La littérature pourrait y remédier.

 

Synthèse de l’interview de Jean Ziegler réalisée le 23 janvier 2020 par Camille Pigella pour le magazine hebdomadaire suisse L’Illustré, suite à la parution de son ouvrage « Lesbos, la honte de l’Europe ».    

Pas de commentaire possible.

Agenda
3 décembre 2020

  • Collecte Transports Théaud équipe CCFD de Damgan
    3 décembre 2020 -- 9 h 00 min - 12 h 00 min
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15 décembre 2020

  • Collecte GDE équipe CCFD de Plumelec
    15 décembre 2020 -- 9 h 00 min - 11 h 00 min
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